Étude FNAUT (Fédération Nationale des Associations d'Usagers des Transports)

Conférence de presse du 8 juin 2011

Localisation de l'habitat et pratiques de déplacements

De longue date, la FNAUT dénonce l’étalement urbain diffus et plaide pour une relocalisation de l’habitat dans les zones urbaines denses. Une recherche récente, proposée par Jean-Marie Beauvais et la FNAUT, et financée par l’ADEME, a permis de comparer - toutes choses égales par ailleurs - les pratiques de déplacements de ménages ayant déménagé d’une zone périphérique vers la ville de Tours. Elle met en évidence une stabilité du nombre des déplacements et une forte baisse (de 9 km à 6 km) de la longueur moyenne des déplacements quotidiens (surtout pour les achats) et de l’usage de l’automobile (-38%), principalement au profit de la marche, donc des dépenses en carburant, de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre des ménages.

 

Le PREDIT et l’ADEME ont récemment confié au PACT d’Indre-et-Loire, à l’université de Tours (ETIcS) et au cabinet Beauvais-Consultants une recherche sur l’impact d’un déménagement d’une zone périphérique d’une aire urbaine vers la ville centre sur les consommations d’énergie des ménages au cours de leurs déplacements et sur les émissions de gaz à effet de serre qui en résultent.

 

L’Agence d’urbanisme de Tours et Beauvais-Consultants avaient déjà montré qu’un ménage périurbain émettait en moyenne deux fois plus de CO2 qu’un habitant de Tours au cours de ses déplacements. Mais les ménages périurbains diffèrent de ceux du centre par la taille, le revenu, l’âge, le taux de motorisation.

 

Dans la présente recherche, réalisée elle aussi dans l’aire urbaine de Tours, ce sont les mêmes ménages qui ont été suivis : les consommations et émissions de chacun de leurs membres ont été estimées avant et après le déménagement. On peut ainsi mesurer l’impact du changement de résidence toutes choses égales par ailleurs.

 

La recherche s’est heurtée à de nombreuses difficultés pratiques. La détection de ménages répondant au problème posé (à partir des fichiers de l’OPAC et de listes fournies par des agences immobilières) a été délicate car le flux migratoire de la périphérie vers le centre est très faible, contrairement au flux inverse des familles à la recherche d’espace vital dans le périurbain.

 

Une enquête détaillée


En pratique, 19 ménages ont été interrogés : leur résidence initiale était située dans une zone d’habitat peu dense (densité moyenne 258 habitants par km2) située à moins de 30 km du centre de Tours, leur résidence actuelle est située dans la commune de Tours (densité moyenne 3896 habitants par km2).

 

Le déménagement a eu lieu entre 2005 et 2009. Sur les 19 ménages, 9 habitaient dans des banlieues de Tours, 10 en zone périurbaine au sens de l’INSEE, et un en zone rurale ; 18 sont locataires de leur logement, un seul est propriétaire. En majorité, les ménages pris en compte sont des familles.

 

Pour chacun ménage, le programme d’activité de chaque membre sur l’ensemble de la semaine, dans l’ancienne résidence puis dans la nouvelle, a été recueilli par les enquêteurs. Chaque déplacement a été caractérisé par son motif, sa longueur et le mode de transport utilisé. Seuls les déplacements habituels (effectués au moins une fois par mois) ont été recensés.

 

Il arrive que la composition de la famille ait varié lors du déménagement, celui-ci ayant souvent eu lieu à la suite d’un divorce : si, par exemple, le mari a quitté le ménage, ses activités ne sont pas prises en compte. En définitive 46 personnes ont été interrogées.

 

Cinq motifs de déplacement (travail, études, accompagnement, achats, loisirs) et neuf modes (voiture conducteur ou passager, covoiturage, vélo, deux-roues motorisé, marche, bus, car, train) ont été distingués.

 

Pour les déplacements effectués à pied, en vélo ou comme passager en voiture, la consommation de carburant et l’émission de GES sont nulles. Pour les déplacements effectués en voiture comme conducteur, ces données ont été évaluées en utilisant la méthode des bilans- carbone de l’ADEME, qui tient compte du type de carburant, de la cylindrée et du type de parcours effectué (urbain, extra-urbain ou mixte). Pour les transports collectifs, les ratios utilisés sont issus du rapport Deloitte réalisé pour l’Ademe en 2008.

 

Au total un volume de 823 déplacements a été analysé pour un cycle hebdomadaire : 412 avant déménagement et 411 après. Le nombre des déplacements n’a pas varié : la forte diminution (-40%) des accompagnements, souvent perçus comme une contrainte de la vie périurbaine, est compensée par la hausse des déplacements pour le travail (+7%), les études (+7%), les achats (+8%) et surtout les loisirs (+14%).

 

Pour chacun des 19 ménages et pour chaque situation avant et après déménagement, 5 grandeurs ont été calculées :

 

- la circulation automobile générée par le ménage ;

 

- sa consommation correspondante de carburant automobile ;

 

- ses dépenses de carburant ;

 

- la consommation d’énergie de l’ensemble des modes de déplacement utilisés par le ménage ;

 

- le tonnage d’émissions d’équivalent CO2 généré par l’ensemble des déplacements du ménage.

 

En totalisant ces grandeurs pour l’ensemble des 19 ménages, on peut alors comparer quantitativement les situations avant et après déménagement. Les résultats résumés en encadrés concernent les déplacements habituels et sont rapportés à une personne, conductrice ou non.

 

Mais des enseignements qualitatifs instructifs ont également été recueillis au cours des enquêtes.

 

On ne déménage pas pour réduire sa facture de carburant ou ses émissions de CO2. La principale raison est la séparation des conjoints (7 cas sur 19). D’autres causes ont été notées :

 

des loyers trop élevés, des liens sociaux difficiles à tisser en zone périurbaine, des pertes de temps dans les déplacements automobiles quotidiens, le manque d’autonomie des enfants faute de desserte par transport collectif.

 

Le changement de résidence est bien vécu par 14 ménages sur 19. Malgré certaines nuances (manque de jardin, pollution, vie chère), beaucoup mettent en avant la liberté procurée par la proximité des activités en milieu dense.

 

SOMMAIRE

 

Localisation de l’habitat et pratiques de déplacements


  1. Une enquête détaillée
  2. L'usage de la voiture : -38%
  3. Consommation d'énergie et émissions de GES
  4. Longueur des déplacements
  5. Répartition modale

 

Illustrations :

 

- Longueur moyenne des déplacements en kilomètres

- Répartition modale des déplacements

 

Comment maîtriser l’étalement urbain ? Les propositions de la FNAUT

 

  1. Les propositions de la FNAUT
  2. Les bonnes pratiques à l'étranger et en France

 

Illustrations : 

 

- Diffusion autour des échangeurs autoroutiers : ville étalée en tache d’huile

- Structuration de l’urbanisation autour des gares : ville en doigts de gants

- Etoile ferroviaire de Munich

- Etoile ferroviaire de Tours

Étude FNAUT
Localisation de l’habitat et pratiques de déplacements, Comment maîtriser l’étalement urbain ? Les propositions de la FNAUT
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