POUR UN LIEU DE RENCONTRES ET D'ECHANGES AUTOUR DU DEVELOPPEMENT REGIONAL

16 décembre 1985

Le 8 décembre 1984, le SIT Syndicat interprofesionnel de travaileurs/euses (anciennement FSCG (Fédération des Syndicats Chrétiens de Genève) a organisé une journée de travail consacrée aux problèmes de l'emploi dans notre canton, poursuivant ainsi une réflexion amorcée depuis plusieurs années. Un résumé des travaux de cette journée a été publié en mai 1985 sous la forme d'un bulletin "Genève, canton à deux vitesses ?”.

Parmi les conclusions de cette réunion, on trouve la proposition de mise en place d'une structure régionale de concertation et d'action – devenue la CEST – tendant à favoriser une plus large emprise de la population de notre région sur les principales questions conditionnant son existence.

Le présent document a pour but de mieux cerner les éléments pouvant faire l'objet d'une plateforme de travail. Il s'agit d'un texte permettant d'engager le débat.

 

1.- LE CONSTAT

L'analyse des conditions de vie et de travail d'un grand nombre d'habitants de notre région met en évidence des aspects particuliers touchant à :

 

1.1.- L'inégalité

Celle-ci concerne non seulement les revenus mais également le statut juridique, mais aussi à l'égard de l'espace dont chacun dispose, inégalité également quant à la qualité et à la durée du travail, inégalité encore quant à la répartition du pouvoir.

 

1.2.- Le déséquilibre

Même s'il faut nuancer les chiffres, il reste vrai que l'économie de notre région est marquée d'un déséquilibre croissant entre les divers secteurs de l'économie, la désindustrialisation s'accentue alors que le tertiaire augmente encore la part des emplois qu'il absorbe.

 

1.3.- La dépendance

Genève, bien que métropole régionale n'en reste pas moins très dépendante à l'égard de centres de décisions situés en dehors des frontières cantonales et de la région dont elle est le centre.

 

1.4.- La dégradation de la qualité et du cadre de vie

Les atteintes au cadre de vie se multiplient (pollution atmosphèrique, sonore, etc...). Le type de développement de la région genevoise appelle la réalisation d'infrastructures et d'équipements nécessaires aux échanges internationaux. Cela provoque entre autres la surenchêre sur le prix des terrains qui se répercute sur le montant des loyers. Chacun sait qu'il s'agit là d'un aspect majeur de la crise du logement. Ce développement favorise l'usage de véhicules privés au détriment des transports publics. Cette situation est préjudiciable à la qualité de la vie.

 

1.5.- La politique du laisser-faire

Les circonstances davantage que la politique suivie ont présidé à la prise de diverses décisions en matière économiques. Mais le laisser-faire constitue l'essentiel de la ligne de conduite des responsables de la politique économique. La politique du laisser-faire est l'étrier de la politique du plus fort. Celle-ci n'est pas la politique du meilleur.

 

1.6.- La régionalisation incontrôlée

En raison de sa situation géographique et de la conjoncture, Genève est le centre économique d'une région s'étendant aù delà des limites du canton. Le bassin genevois de l'emploi s'étend sur deux cantons suisses et deux départements français. C'est une particularité relativement rare en Europe et dans le monde. La barrière que constitue la frontière concerne davantage les institutions politiques que les entreprises privées dont les capacités d'adaptation sont très grandes.

 

Les problèmes particuliers engendrés par cette réalité sont, soit laissés sans réponse soit résolus ponctuellement par les autorités concernées ou encore traités par des commissions dont l'efficacité laisse à désirer. La population concernée ne dispose d'aucun instrument lui permettant d'exercer un contrôle politique sur l'évolution de l'économe régionale. Le défi à relever est bien celui d'un développement régional incontrôlé alors que les associations susceptibles de porter les préoccupations de la population sont constituées sur des bases géopolitiques “éclatées”.

 

1.7.- La dispersion des forces

Le maldéveloppement de l'économie régionale préoccupe nombre d'associations. Mais chacune reste confinée à sa propre sphère d'intervention alors que la situation appelle un effort commu.  Des contacts occasionnels - souvent bilatéraux - existent entre associations préoccupées du maldéveloppement régional. Ces liens existent parfois à l'échelon national, cantonal (ou départementai pour la France voisine), mais rarement, sinon jamais, au niveau régional.

 

 

2.- LES OBJECTIFS

L'accord sur un constat pour important qu'il soit, ne saurait suffire Encore faut—il que les groupes appelés à travailler ensemble s'accordent sur les objectifs généraux. La volonté de mieux maîtriser le développement de l'économie régionale et tendre à corriger les inégalités et les déséquilibres est une tâche immense et de longue haleine. Les différents volets des actions possibles sont à définir de cas en cas.

 

2.1.- Fournir à chacun un travail de qualité utile à tous

Sous forme de slogan, cet axe constitue le fil conducteur des actions à envisager. En effet, l'utilité sociale de la production est l'élément de la politique tendant à faire du progrès humain l'objectif central de l'activité économique.

 

Le corollaire de ce postulat concerne également la manière de produire. Cette qualité voulue du travail touche non seulement le rapport du producteur avec l'objet de son labeur, mais aussi le rapport du travail avec le milieu vital. En d'autres termes si le contenu du travail doit concourir à la libération de l'homme, le mode de production ne saurait être pour lui synonyme d'asservissement. Il ne saurait accentuer le caractère inhospi— talier du milieu naturel. Les choix quotidiens qu'impliquent de tels postulats ne sont pas simples à formuler tant les contraintes sont nombreuses.

 

2.2.- Vouloir un développement maîtrisé

Le développement à promouvoir implique qu'il soit maîtrisé par la population de toute la région. L'UNESCO donne une définition de ce type de développement : "processus dans' lequel, répudiant l'imitation servile de modèles extérieurs, le plus souvent mal adaptés à ses besoins, possibilités et aspirations, une collectivité oriente elle-même son propre progrès selon ses valeurs et aspirations et en détermine de manière autonome les objectifs et les voies qu'il lui faut dans une large mesure, inventer selon son propre génie”.

Le scénario d'un tel développement implique la mobilisation des ressources économiques sociales et culturelles de la région. Elle suppose des acteurs régionaux formés, informés et entraînés à innover. Ce développement refuse la dépendance de la région autant que le repli sur elle-même.

 

 

3.- LES MOYENS

3.1.- La mobilisation de l'opinion publique

Si la conscience de la désindustri alisation de notre région s'étend, il n'en reste pas moins que les dangers du poids excessif du tertiaire ne sont perçus que d'une minorité. Les redressements à opérer sont d'une telle ampleur que l'appui de l'opinion publique est indispensable si les acteurs d'un tel changement veulent avoir quelques chances de succès.

 

3.2.- Une structure régionale

Le constat relatif à l'évolution de l'économie régionale, les objectifs à atteindre supposent la mise en place d'un instrument susceptible d'être l'expression de la région. Nous proposons la création d'un “Forum économique et social régional” qui serait un lieu de rencontre et d'échange, mais qui aurait pour objet de promouvoir un développement économique plus conforme aux aspirations et aux intérêts du plus grand nombre.

Ne serait-il pas souhaitable de voir les universités de Genève, Lausanne et Grenoble soutenir cette démarche selon des modalités à définir ?

Un premier noyau constitutif de ce forum pourrait être composé par nos organisations. Nous avons eu l'occasion de nous rencontrer ou même d'avoir déjà collaboré à telle ou telle occasion.

Pouvons-nous aller plus avant ?

 

 

4.- CONCLUSION

Les questions soulevées par le développement régional sont nombreuses

et complexes. Nos organisations sont diverses dans leur histoire, leur philosophie, leur recrutement et leur action. Aussi, il serait illusoire de rechercher l'unanimité sur tous les aspects du constat et sur l'ensemble des moyens d'action. Mais le piège à éviter n'est-il pas celui de l'inaction en raison de divergences d'appréciation sur des points secondaires ?

Le principal n'est-il pas de se mettre d'accord sur l'essentiel et de commencer à travailler ensemble en conduisant une politique du possible ?

 

Commission “emploi” du SIT (16.12.85)

Document fondateur de la CEST (16 décembre 1985)
Plateforme CEST 1985.pdf
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